Les Grincements du Parquet

< Mes formats improvisés

Tribunal improvisé en espace public
Inspiré par « Le Tribunal des Repris de Justesse », par Luc Tallieu

Les créations cinématographiques ou théâtrales autour de la justice me passionnent depuis longtemps. Ces dernières années, j’ai eu l’occasion de voir plusieurs spectacles qui traitaient de ce sujet, et parmi ceux-ci, j’ai été bouleversé par Héroïne, mis en scène par Perrine Faivre de la compagnie Les Arts Oseurs.

Quand Luc Tallieu, est venu coacher les improvisateurs du Collectif d’Improvisation du Léman sur son format « Le tribunal des repris de justesse », j’y ai tout de suite perçu son potentiel pour jouer des personnages complexes, aborder des sujets de société, et c’est ce qui m’a donné envie d’adapter ce « tribunal » à l’espace public.

C’est ainsi qu’est né « Les grincements du parquet », pour la session 2025 des Fondus du Macadam.

La force de ce tribunal est de juger avec un sérieux absolu et un langage judiciaire parfait nos petits écarts à la morale ou nos petits délits du quotidien comme s’ils étaient effectivement passibles de la réclusion criminelle à perpétuité.


Note d’intention

Dans ce tribunal à ciel ouvert, la justice est rendue sur la place publique pour des délits insignifiants, ou des crimes de pacotille.

Voici l’occasion de nous interroger sur ce que disent de nous – et de nos vies – nos petits délits du quotidien, et comment ceux qui nous entourent nous jugent pour cela.

Si dans la vraie vie, pour des broutilles, nous ne sommes pas escortés menottes aux poignets dans le box des accusés, nos petits écarts à la loi ou aux règles morales ne seraient-ils pas juste les révélateurs de nos combats quotidiens, de nos souffrances silencieuses, ou de nos sentiments étouffés?


Ressources : Le descriptif et la conduite du format


A savoir…


Ce format est celui qui m’a convaincu que je n’avais plus ma place au sein du Collectif d’Improvisation du Léman. L’aspect « collectif » est malgré tout parsemé d’individualités, dont certaines particulièrement insurmontables quand il s’agit de la vision de ce que doit être l’improvisation théâtrale, et j’ai ici le sentiment d’avoir échoué, à la fois, à moi-même respecter les intentions initiales de ce format, et à transmettre aux comédiens cette petite étincelle qui aurait pu leur donner envie d’explorer avec conviction des chemins alternatifs.

Lors du débrief du spectacle, j’ai pu entendre des « Si j’avais été spectateur, je ne serai pas resté », ou encore « Mes copains sont venus me voir pour me dire que c’était pas drôle, ce spectacle ».
Voilà.
Si j’ai initialement été profondément blessé par ces commentaires, j’ai pu prendre du recul et prendre conscience que j’étais désormais en décalage avec les préceptes implicites selon lesquels les spectacles et comédiens d’impro ont l’injonction de faire rire. Je suis désolé de ne plus m’inscrire dans cette mouvance, qui semble être majoritaire chez mes ex-camarades improvisateurs.

Une de mes connaissances, qui travaille dans le milieu de la justice a, quant à elle, salué la justesse du ton et du format, et m’a même incité à proposer ce spectacle dans le cadre de la nuit du droit… Je reste sur cette note positive, qui m’incite à poursuivre ce travail avec des comédiens qui auront envie de défendre avec justesse et habileté un propos utile.


A comprendre…


J’engage celles ou ceux qui souhaiteraient se frotter à ce format de jouer les personnages le plus sérieusement possible pour marquer le contraste entre l’austérité et la rigueur de la justice face à l’aspect dérisoire des « crimes de pacotille » qui sont jugés dans cette cour d’assises.

Pour la cour et les avocats, se conformer avec rigueur et détail au langage judiciaire est un prérequis pour y arriver, et cela demande un vrai travail des comédiens en amont.

Pour les avocats, travailler la plaidoirie improvisée est également un travail préalable primordial.

Si je devais donner un conseil, sur ce format, ce serait « Par pitié, ne cherchez pas à faire rire ! ». Le contraste évoqué plus haut est un vecteur de situations ubuesques qui pourra provoquer le rire ou le malaise chez les spectateurs. Votre troupe aura d’autres occasions de jouer sur les clichés en match (l’arbitre consciencieux sifflera une faute) ou en catch. Avec ce format, vous avez la possibilité d’exploiter une autre manière de créer des émotions, de l’empathie ou de la haine vis-à-vis de vos personnages si vous les jouez avec justesse.

Ce format ne s’improvise pas à la dernière minute. Idéalement, il demande une préparation au long cours, qui peut atteindre plusieurs mois.

N’hésitez pas à me contacter si vous avez besoin d’être accompagné.


Les ressources en littérature, théâtre et cinéma que je conseille pour aborder avec justesse le domaine de la justice :